Marie Françoise et Marie Yvonne Mahé, des bretonnes à Saint-Denis

Après quatre Poilus, il est temps de sortir de la thématique.

Je vais vous raconter mes recherches au sujet de Marie Yvonne Mahé, une de mes arrières-grands-mères, et de l’une de ses soeurs Marie Françoise.

Yves Mahé, fils de débitants de boissons, et Marie Anne Gaonac’h, fille de cultivateurs, se marient le 28 septembre 1879 à Saint Thois (Finistère).

Installés à Saint-Thois, ils ont onze enfants entre 1881 et 1904 (soit un enfant tous les deux ans, sans compter les fausses couches) dont Marie Françoise en 1881, Joseph en 1886, Marie Yvonne en 1889.

Quand je commence mes recherches au sujet de Marie Yvonne, le seul élément dont je dispose est la date de naissance de son fils unique, Pierre, mon grand-père, à Saint-Denis (Seine) en 1912.

Les archives de la Ville de Saint-Denis étant en ligne, j’ai facilement trouvé l’acte de naissance de Pierre.

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Marie Yvonne habitait donc 121 rue de Paris à Saint-Denis en 1912 avec Louis et leur fils Pierre.

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Depuis, la rue de Paris est devenu la rue Gabriel Peri.

L’immeuble sur rue (dont je suppose qu’il était déjà là en 1912) a été rénové :

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Mais l’immeuble sur cour est un peu plus dans son « jus » :

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Je tiens une information précieuse puisque les archives du recensement de 1911 sont en ligne sur le site des archives de la ville.

Manque de chance, pas de traces de mes ancêtres en 1911 à cette adresse.

A tout hasard, je consulte la table décennale des mariages pour la période 1903-1912 et … les voilà !

1910-marie-yvonne-pierre

Marie Yvonne habitait donc au 158 boulevard Ornano à Saint-Denis en 1910 :

extrait-mariage-marie-yvonne

Le quartier (près du carrefour Pleyel) et la ville, ont beaucoup changé en un siècle. Cet immeuble n’existe plus.

En consultant les archives du recensement en 1911, je trouve au 158  une famille Le Dréau, originaire de Saint-Thois.

recensement-158-bd-ornano

Je relis l’acte de mariage de Marie Yvonne et Louis et je m’aperçois que Jean Le Dréau est le témoin de mariage de Marie Yvonne. Et il est précisé qu’il s’agit de son beau-frère !

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Si Jean Le Dréau est le beau-frère de Marie Yvonne, Marie Le Dréau serait alors Marie Françoise Mahé, la sœur aînée de Marie Yvonne.

Les archives de la commune de Saint Thois ne sont malheureusement pas (encore) en ligne sur le site des archives du Finistère.

Néanmoins, grâce à Geneanet, et aux généalogistes ayant pu consulter l’acte, j’obtiens des informations sur le mariage de Jean et Marie Françoise :

08/08/1901 Saint Thois. Mariage
LE DREAU Joseph Jean, né le 27/04/1875 à Saint Thois, Teinturier
Fils de LE DREAU Marie Jeanne
Notes concernant l’époux : domicilié de droit à St Thois et de fait à Saint Denis (Seine) mère journalière.
MAHE Marie Françoise, née le 04/03/1881 à Saint Thois, Servante
Fille de Yves et de GAONACH Marie Anne
Notes concernant l’épouse : domiciliée de fait à Châteauneuf

Jean habitait donc déjà à Saint Denis en 1901, tandis que Marie Françoise y est arrivée après son mariage, sans doute comme « servante ».

A ce stade de ma recherche, je sais donc que Marie Françoise Mahé est arrivée à Saint Denis à 20 ans, en 1901, après son mariage avec Jean Le Dréau. Marie Françoise, bretonne aînée de onze enfants vit boulevard Ornano à Saint Denis. Sa jeune soeur, Marie Yvonne a huit ans de moins qu’elle et vit avec elle et son beau-frère au moment de son mariage en 1910, à 21 ans.

Je n’ai pas d’autres moyens de connaître la date d’arrivée exacte de Marie Yvonne à Saint Denis. Je ne peux qu’imaginer cette jeune bretonne montant dans le train à la gare de Quimper, s’engageant pour un voyage d’une durée de 13h. Était-elle heureuse ? Avait-elle peur ?

A cette époque, les jeunes bretons étaient nombreux à quitter leur province pour la région parisienne. Les immigrés bretons y trouvaient principalement des places de domestiques ou d’ouvriers.

D’ailleurs, la communauté bretonne de Saint-Denis était très importante. Et même aujourd’hui, les bretons y sont encore nombreux, preuve en est l’existence de l’amicale des bretons de Saint Denis !

Les breton(ne)s étaient mal considérés par les parisiens et les dyonisiens : soupçonnés de voler le travail des « locaux », accusés de ne pas vouloir s’intégrer, et bien souvent, moqués pour leurs supposées inculture et maladresses.

L’exemple de ce dénigrement des immigrés bretons est très célèbre : il s’agit de Bécassine, créé en 1905, décrite comme une domestique bretonne naïve voire stupide.

becassine

Marie Françoise et Marie Yvonne sont, elles aussi, venues grossir les rangs des immigrés bretons de Saint-Denis, espérant une vie meilleure. Je ne sais pas si elles l’ont trouvée. Mais sans elles, je ne serai certainement pas là pour en parler !

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Joseph Mahé, mort pour la France, le 18 juin 1916

Aujourd’hui, je vous présente un autre Joseph, lui aussi poilu. Et lui non plus, n’est pas revenu.

(Pur hasard, ces deux Joseph avaient le même deuxième prénom, Louis)

Joseph Mahé est né en 1886 à Saint Thois (Finistère), fils de sabotier et cinquième d’une fratrie de onze enfants. Il est le frère de deux de mes arrière-grand-mères (oui, mes grands-parents étaient cousins germains, je vous vois venir avec vos blagues sur la consanguinité 😉 … j’y reviendrai dans un prochain billet).

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Malgré le retard pris par les archives départementales du Finistère, sa fiche matricule a été en ligne (elle ne l’est plus à l’heure où j’écris, ce que je ne m’explique pas).

J’y apprends qu’il est mort le 18 juin 1916 à Vaux (Meuse), toujours près de Verdun.

J’ai du mal à lire ce qui est écrit juste au dessus de « tué à l’ennemi » : « Rentré (?) et évacué au ?? le 4 octobre 1915« .

Si quelqu’un réussit à déchiffrer, je suis preneuse.

EDIT : @SophieReynal a vu juste : « rentré et évacué au dépôt ». Merci à elle.

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J’ai trouvé (merci Madame Internet) un site ayant retranscrit le carnet d’un Poilu. Il est passé par le 132ème régiment d’infanterie (celui de Joseph) et en juin 1916, il est au fort de Vaux, l’armée française tentant de reprendre le fort aux allemands.

Voici ce qu’écrit le Sergent Edouard Mattlinger le 18 juin 1916 :

Toujours une grande activité sur notre front. Nous restons encore en réserve sous notre tunnel.
Pour me distraire, je fais la soupe et du café avec de l’alcool solidifié. Pendant ce temps, mon sergent est allé au ravitaillement et revient avec un bon bidon d’eau de vie, ce qui fait notre affaire.

Pendant que nous mangions la soupe, un obus vient tomber en plein milieu d’une section qui se rassemblait pour aller porter de l’eau à nos poilus en lignes.

Ce fut un moment de panique.

A l’entrée du tunnel, moi qui n’avais rien entendu, je me demandais ce qui arrivait. Je croyais que les Boches avaient réussi à arriver jusqu’à nous et, je me voyais déjà prisonnier. Après cette surprise, je suis allé me rendre compte et, malheureusement, je ne vis que des blessés et des cadavres. Tous les poilus donnèrent la main aux blessés pour faire les pansements. Et, je retourne à ma place prendre mon café, car dans cette vie, il faut être dur, sans quoi l’on mourrait de peur.

Le soir, j’ai écris à mon épouse et lu des journaux. Mais les journaux ne m’intéressent plus. Il y a trop longtemps qu’ils nous bourrent le crâne.

Joseph est très probablement mort sous cet obus, à 30 ans.

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Fiche de Joseph Mahé sur Mémoire des hommes

Joseph Doisy, mort en captivité en 1918

J’ai déjà évoqué Louis et Protais tous deux des Poilus.

Aujourd’hui, je vous présente Joseph Doisy, né en 1879 à Bécon-les-granits (oui, toujours).

C’était l’oncle de Louis. Joséphine avait donc (au moins) un fils et un frère au front.

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Joseph était tailleur de pierres. Il avait 35 ans au début de la guerre, était marié avec Marie avec qui il avait une fille, Thérèse.

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Son matricule militaire donne peu d’informations sur sa vie entre 1914 et 1917.

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On apprend qu’il a disparu le 12 avril 1917 dans la forêt de la Ville au Bois, dans l’Aisne, non loin du Chemin des Dames. Et c’est dans cette forêt que Guillaume Apollinaire fut blessé, le 17 mars 1916.

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Stèle en l’honneur de Guillaume Apollinaire (La Ville au Bois)

Quatre jours après sa disparition, le 16 avril 1917, c’est l’offensive du Chemin des Dames, menée par le général Nivelle. C’est une catastrophe pour l’armée française qui perd 30 000 hommes et qui n’avance que de 500 mètres, au lieu des 10 km attendus. S’en suivent des mutineries de soldats refusant de se battre inutilement.

Des soldats ont pu décrire leur amertume. Ainsi, dans son carnet de guerre, le soldat Louis Barthas écrit :

Nos généraux devaient être satisfaits. Qu’importait le chiffre des pertes humaines, ce qui comptait c’était de pouvoir alimenter les communiqués, de maintenir comme ils disaient l’activité du front, d’épater ces bonnes pâtes de patriotes civils de l’arrière par le récit de nos exploits ; avoir fait reculer les Allemands de quelques hectomètres c’était suffisant, héroïque, mirobolant, c’était une grande victoire ; en réalité c’était un massacre inutile. Ah ! quelle âme de bourreau il faut avoir pour être général, ordonner de telles tueries pour rien, pour l’amour-propre des grands chefs, pour un prétendu orgueil national…

Joseph Doisy fut d’abord fait prisonnier au camp de Limburg (Allemagne) puis à Sprottau (Allemagne, devenue Szprotawa, aujourd’hui en Pologne).

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Camp de Meschede (Allemagne) – Source : Service historique de la défense

J’ai trouvé l’acte de décès de Joseph sur le site Mémoires des hommes.

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Il est mort au lazaret de Sprottau. Selon le Larousse, un lazaret est un « établissement où l’on isole les sujets suspects de contact avec des malades contagieux et où ils subissent éventuellement la quarantaine« .

Joseph a très probablement succombé à une maladie contagieuse.

Protais Delien, « zouave grenadier très courageux »

Dans le précédent billet, j’évoquais mon arrière-grand-père fait prisonnier à côté de Verdun en 1916.

Le billet d’aujourd’hui est consacré à Protais Delien. Il n’est pas mon ancêtre à proprement parlé puisqu’il était marié à une cousine de mon arrière-grand-mère :

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Protais est lui aussi né en 1894 à Bécon-les-granits (Maine-et-Loire). J’imagine assez facilement que Louis et Protais se connaissaient, étant de la même « classe » et compte tenu de la taille de la commune (2000 habitants au début du 20ème siècle).

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Protais était le jeune fils d’un couple de cultivateurs. D’après les éléments que j’ai pu trouver sur Geneanet, il avait un frère de 13 ans son aîné et une sœur décédée à 20 ans, un mois avant sa naissance.

Son registre matricule est très instructif. En 1916, il était lui aussi non loin de Verdun.

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On peut y lire qu’il était un « zouave grenadier très courageux toujours volontaire pour les missions périlleuses ».

Effectivement, le 16 juillet 1916, incorporé au 2ème régiment de zouaves, il fut blessé à Fleury-devant-Douaumont (Meuse) « sur le parapet de la tranchée ennemie, alors qu’il lançait des grenades ».

Cette blessure intervient alors que les forces françaises tentent, depuis 3 jours, de reprendre le village de Fleury.

Fleury fut détruit.

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Le bilan humain de la Bataille de Verdun est très lourd dans les deux camps : au moins
300 000 morts et des centaines de milliers de blessés.

Je n’ai pas d’archives personnelles témoignant de cette horreur mais les lettres de Poilus sont édifiantes :

Fleury est à cent mètres à peine; mais nous ne pouvons résister, malgré la pluie de mitraille, à la tentation de jeter un dernier coup d’œil sur «là-bas»! Là-bas, c’est sans limite la bataille, c’est l’enfer déchaîné. Ce que nous ne voyons pas sous la voûte de feu qui déchire la nuit, nous le redevinons, nous le revoyons, et maintenant que nous ne combattons plus, la scène est pleine d’horreur. Nous revivons le combat. Le voisin, camarade de toutes heures, tombé sans même un regard. Puis la boucherie. Les membres qui sautaient sous l’action de nos percutants, la chair, le sang qui tombaient presque sur nous, puis nos shrapnells qui fauchaient… les mitrailleuses aussi avec leur ta ta ta ta ta, sec, nos fourchettes au cliquetis joyeux, instruments de mort.

Protais a été décoré de la croix de guerre médaille de bronze et reçu une pension de 240 F.

Sachant qu’il a eu une fracture du bras, une plaie au thorax et une hémoptysie (je vous laisse aller voir sur Google ce que c’est), c’était la moindre des choses.

Louis Legault, capturé à Verdun le 25 février 1916

Le 11 novembre approche, et quoi de mieux pour commencer ce blog que d’évoquer « mes » poilus.

Je commence aujourd’hui avec l’un de mes arrières grands pères : Louis, Gustave, Joseph Legault né en 1894 à Bécon-les-granits, dans la campagne angevine, aîné des 6 enfants d’un couple de cultivateurs.

Louis avait donc 20 ans en 1914 et était lui aussi cultivateur.

Il fut incorporé au 4ème bataillon de chasseurs à pied.

Je n’ai pas beaucoup de détails sur sa vie au front jusqu’en février 1916 (si ce n’est qu’il fut blessé deux fois) mais la littérature nous laisse imaginer l’horreur des tranchées, le bruit des obus, la saleté, la mort, les rats.

Son matricule militaire m’indique la date et le lieu de sa capture : le 25 février 1916 à Bezonvaux (Meuse).

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Quelques recherches rapides, en particulier sur le site « Chemins de mémoire« , m’ont fait découvrir que le village de Bezonvaux (et le fort de Douaumont) ont été pris par les allemands ce même jour, le 25 février 1916.

Le 4ème B.C.P. et le 44ème RI résistent désespérément dans le village. Vers 17 heures, sous l’effort ennemi qui redouble, les lignes craquent, et c’est pied à pied que le bataillon défend le village. Le cercle de l’ennemi s’est peu à peu resserré et à la tombée de la nuit, après que les défenseurs ont presque tous succombé, Bezonvaux est investi. Le même jour, le fort de Douaumont est pris.

J’ai peu d’éléments sur les conditions de sa captivité, à ce jour. J’apprends, toujours grâce à son registre matricule, qu’il a été prisonnier à Friedrischfeld bei Wesel (Allemagne), jusqu’à la fin de la guerre et qu’il fut décoré de la Croix de guerre.

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La mention « bon soldat ayant toujours une belle attitude au feu » me laisse sans voix. Qu’est ce donc que d’avoir une belle attitude au feu ?

A sa libération, Louis est rentré dans le Maine-et-Loire et est devenu couvreur. En 1920, il se marie avec Germaine, avec qui il aura 7 enfants : 5 garçons dont Louis, mon grand-père, et 2 filles dont je raconterai, peut-être, un jour, les vies.

Il a vécu à Bécon-les-granits jusqu’à sa mort en 1987. J’avais 6 ans et je me souviens de sa maison – sombre –  auquel était accolé un petit potager. Et des toilettes au fond du terrain.

A-t-il parlé de la guerre à ses enfants ? Peu probable. Cette génération, et celle qui la suit, ne « causait » pas trop.  Il me reste peu de temps pour le savoir.

Edit (23/12/2016) : j’ai retrouvé cette photo-carte postale dans les archives familiales :