Marie-Louise(s) (3)

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J’ai raconté les histoires de Marie-Louise et Marie-Louise. Mon billet du jour est consacré à leur fille et petite-fille, Marie-Louise Peltier, née en 1924 à Villemoisan, dans le Maine-et-Loire (et un peu de sa sœur, Odile, ma grand-mère).

Marie-Louise a 4 ans au décès de sa petite sœur Jeanne.

A 8 ans, elle perd son père.

Comme sa mère, elle perd petite sœur et père en bas âge. Mais, à la différence de sa mère au même âge, elle continue à vivre en famille, avec sa petite sœur Odile.

Je suppose que Marie-Louise Brard souhaitait préserver ses filles de l’abandon qu’elle avait elle-même vécu. Peut-être a-t-elle pensé à cette répétition d’événements survenant dans la vie des Marie-Louise(s) de la famille ?

Quoiqu’il en soit, Marie-Louise et Odile Peltier grandissent dans les années 30, entre deuils et jeux d’enfants. Les deux petites filles sont proches et complices. Leur mère les protége beaucoup.

Mais il faut aussi faire vivre la famille, Jean étant parti si vite.

D’ailleurs Marie-Louise tient une épicerie-mercerie.

Les deux petites filles sont douées en classe. En particulier, les institutrices d’Odile souhaitent qu’elle poursuive ses études afin de devenir institutrice. Hélas, sa mère refuse, estimant peut-être que les études n’étaient pas indispensables aux jeunes filles, mais surtout, qu’il était temps qu’elle gagne sa vie.

Marie-Louise, quant à elle, grandit et devient une jeune fille épanouie. Elle rencontre Lucien et se marie. Très vite, ils ont deux enfants, un garçon et une fille. Mais le drame n’est jamais loin pour les Marie-Louise de la famille et Marie-Louise Peltier meurt à 24 ans d’une maladie grave et soudaine.

J’ai eu du mal à écrire ce dernier billet sur les Marie-Louise(s) car cette dernière histoire est « récente », quoique vieille de 70 ans. J’ai réussi, probablement parce que ma grand-mère n’est plus (et parce que ma fille arrive).

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Marie-Louise(s) (2)

Je continue ma série des Marie-Louise.

J’ai évoqué Marie-Louise Chartier.

Je vais aujourd’hui parler de Marie-Louise Brard, sa fille.

Marie-Louise naît en 1897 au Louroux Béconnais dans le Maine-et-Loire.

A 3 ans, elle perd son père. A 5 ans, elle perd sa petite sœur et à 7 ans, sa mère la confie à des proches. Elle ne la verra plus qu’épisodiquement.

On connaît mieux comme départ dans la vie !

C’est très compliqué d’avoir des éléments sur la vie de Marie-Louise : d’une part, c’est une femme. Les généalogistes le savent bien, c’est plus facile de trouver trace des hommes que des femmes ! Avant la deuxième moitié du 20ème siècle, les femmes ne peuvent voter (donc aucune trace sur les archives de listes électorales), ne font évidemment pas leur service militaire (donc pas de registre militaire !).

D’autre part, je ne suis pas aidée par les archivistes angevins puisque le site des archives du Maine-et-Loire indique que les archives du recensement datées  d’avant 1936 ont été détruites !

Il me reste des bribes de mémoire familiale et quelques archives conservées par ma grand-mère. [ALERTE SPOILER : Marie-Louise est mon arrière grand mère].

C’est comme cela que je découvre l’acte de mariage de Marie-Louise Brard et Jean Peltier, charron de Villemoisan, village voisin du Louroux, en date du 10 janvier 1924 … et même une photo !

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Marie-Louise à 27 ans, Jean 28. Elle a l’air sereine. Jean heureux.

La même année, Marie-Louise donne naissance à une petite fille prénommée … Marie-Louise !

Deux ans plus tard, Jeanne vient rejoindre la famille et Odile arrive, début janvier 1928.

Marie-Louise est sans doute comblée d’accueillir une nouvelle petite fille. (Je le souhaite en tout cas puisque cette petite troisième est ma grand-mère !)

Mais le bonheur est de courte durée. La petite Jeanne a la santé fragile et s’éteint à la fin du mois de janvier 1928.

Un malheur ne semblant arrivé jamais seul, c’est au tour de Jean, le père de mourir, en janvier 1932, à l’âge de 36 ans. Marie-Louise a 8 ans. Odile 4 ans.

Marie-Louise perd donc son mari et une petite fille, à peu près au même âge que Marie-Louise Chartier, sa mère. Je ne suis pas superstitieuse mais cela mériterait que des psycho-généalogistes se penchent sur cette lignée …

Je n’ai pas connu Marie-Louise Brard, mon arrière grand mère. Je sais simplement qu’elle n’était pas « commode », comme on dit chez moi. Mais, je me laisse croire que la joie de vivre avait dû la quitter depuis longtemps …

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Quand j’ai (re)commencé mes recherches généalogiques, mon objectif était surtout historique : comprendre les petites histoires dans la grande, tenter de connaître des bribes de la vie de mes ancêtres à travers le peu d’informations disponibles : une date, un métier, un événement.

Au fil des découvertes, je me suis attardée et attachée à des familles, des lieux, des parcours, des lignées, des noms, des prénoms.

Mais, longtemps, j’ai ignoré ce qui était sous mes yeux : l’histoire des Marie-Louise(s) de ma lignée maternelle.

La première Marie-Louise est Marie-Louise Chartier, née en 1874 au Louroux-Béconnais, dans le Maine-et-Loire, fille d’un couple de cultivateurs, Joseph Chartier et Renée Boulay.

Marie-Louise est le troisième enfant de Joseph et Renée. Joséphine est morte à l’âge d’un an, deux ans avant sa naissance. Joseph a deux ans lorsque sa petite sœur naît. Quatre autres enfants suivront : Louise, Louis, Henri et Joséphine.

Joseph décède à l’âge de 48 ans, en 1889, laissant Renée élever seule ses 6 enfants, âgés de 9 à 17 ans. Marie-Louise a 15 ans.

On peut supposer qu’elle fut scolarisée, puisque 7 ans avant sa naissance, Victor Duruy, ministre de l’Instruction publique, impose à toute commune de plus de 500 habitants d’instaurer une école publique de filles, puis en 1881 & 1882, Jules Ferry, rend l’enseignement laïc, gratuit et obligatoire.

Mais ce décès soudain a dû accélérer sa vie d’adulte : il fallait subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille.

Quoiqu’il en soit, à 15 ans, Marie-Louise est déjà considérée comme étant en âge de se marier en France, selon le code civil.

Elle attend néanmoins quelques années avant de convoler. Elle épouse un cultivateur de son village, Joseph Brard en 1896. Elle a 22 ans, lui 28.

Marie-Louise ne tarde pas à donner naissance à une première fille, Marie-Louise, un an après le mariage. Viennent ensuite Clémentine en 1899 et Louise en 1900.

Hélas, le bonheur est de courte durée : Joseph décède en 1900, quelques mois après la naissance de Louise, à seulement 32 ans.

Les temps sont difficiles pour Marie-Louise. Outre la perte de son jeune époux, que je suppose bien aimé, elle doit subvenir aux besoins de ses trois petites filles.

Deux ans après la mort de Joseph, Marie-Louise perd sa petite Clémentine, qui meurt à 3 ans à peine.

Je n’ai aucune idée de ce qui a causé la mort de cette petite fille. Je sais seulement qu’en 1904, Marie-Louise se remaria, eu d’autres enfants et qu’elle confia à des proches ses deux premières filles, lesquelles ont beaucoup souffert de la mort précoce de leur père et de l’abandon de leur mère.

La seule photographie de Marie-Louise dont je dispose date de 1924. Elle a 50 ans. Elle me semble bien plus vieille. Est-ce la qualité de la photo ? Ou bien le poids des difficultés d’une vie ?

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Joseph Doisy, mort en captivité en 1918

J’ai déjà évoqué Louis et Protais tous deux des Poilus.

Aujourd’hui, je vous présente Joseph Doisy, né en 1879 à Bécon-les-granits (oui, toujours).

C’était l’oncle de Louis. Joséphine avait donc (au moins) un fils et un frère au front.

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Joseph était tailleur de pierres. Il avait 35 ans au début de la guerre, était marié avec Marie avec qui il avait une fille, Thérèse.

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Son matricule militaire donne peu d’informations sur sa vie entre 1914 et 1917.

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On apprend qu’il a disparu le 12 avril 1917 dans la forêt de la Ville au Bois, dans l’Aisne, non loin du Chemin des Dames. Et c’est dans cette forêt que Guillaume Apollinaire fut blessé, le 17 mars 1916.

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Stèle en l’honneur de Guillaume Apollinaire (La Ville au Bois)

Quatre jours après sa disparition, le 16 avril 1917, c’est l’offensive du Chemin des Dames, menée par le général Nivelle. C’est une catastrophe pour l’armée française qui perd 30 000 hommes et qui n’avance que de 500 mètres, au lieu des 10 km attendus. S’en suivent des mutineries de soldats refusant de se battre inutilement.

Des soldats ont pu décrire leur amertume. Ainsi, dans son carnet de guerre, le soldat Louis Barthas écrit :

Nos généraux devaient être satisfaits. Qu’importait le chiffre des pertes humaines, ce qui comptait c’était de pouvoir alimenter les communiqués, de maintenir comme ils disaient l’activité du front, d’épater ces bonnes pâtes de patriotes civils de l’arrière par le récit de nos exploits ; avoir fait reculer les Allemands de quelques hectomètres c’était suffisant, héroïque, mirobolant, c’était une grande victoire ; en réalité c’était un massacre inutile. Ah ! quelle âme de bourreau il faut avoir pour être général, ordonner de telles tueries pour rien, pour l’amour-propre des grands chefs, pour un prétendu orgueil national…

Joseph Doisy fut d’abord fait prisonnier au camp de Limburg (Allemagne) puis à Sprottau (Allemagne, devenue Szprotawa, aujourd’hui en Pologne).

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Camp de Meschede (Allemagne) – Source : Service historique de la défense

J’ai trouvé l’acte de décès de Joseph sur le site Mémoires des hommes.

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Il est mort au lazaret de Sprottau. Selon le Larousse, un lazaret est un « établissement où l’on isole les sujets suspects de contact avec des malades contagieux et où ils subissent éventuellement la quarantaine« .

Joseph a très probablement succombé à une maladie contagieuse.

Protais Delien, « zouave grenadier très courageux »

Dans le précédent billet, j’évoquais mon arrière-grand-père fait prisonnier à côté de Verdun en 1916.

Le billet d’aujourd’hui est consacré à Protais Delien. Il n’est pas mon ancêtre à proprement parlé puisqu’il était marié à une cousine de mon arrière-grand-mère :

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Protais est lui aussi né en 1894 à Bécon-les-granits (Maine-et-Loire). J’imagine assez facilement que Louis et Protais se connaissaient, étant de la même « classe » et compte tenu de la taille de la commune (2000 habitants au début du 20ème siècle).

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Protais était le jeune fils d’un couple de cultivateurs. D’après les éléments que j’ai pu trouver sur Geneanet, il avait un frère de 13 ans son aîné et une sœur décédée à 20 ans, un mois avant sa naissance.

Son registre matricule est très instructif. En 1916, il était lui aussi non loin de Verdun.

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On peut y lire qu’il était un « zouave grenadier très courageux toujours volontaire pour les missions périlleuses ».

Effectivement, le 16 juillet 1916, incorporé au 2ème régiment de zouaves, il fut blessé à Fleury-devant-Douaumont (Meuse) « sur le parapet de la tranchée ennemie, alors qu’il lançait des grenades ».

Cette blessure intervient alors que les forces françaises tentent, depuis 3 jours, de reprendre le village de Fleury.

Fleury fut détruit.

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Le bilan humain de la Bataille de Verdun est très lourd dans les deux camps : au moins
300 000 morts et des centaines de milliers de blessés.

Je n’ai pas d’archives personnelles témoignant de cette horreur mais les lettres de Poilus sont édifiantes :

Fleury est à cent mètres à peine; mais nous ne pouvons résister, malgré la pluie de mitraille, à la tentation de jeter un dernier coup d’œil sur «là-bas»! Là-bas, c’est sans limite la bataille, c’est l’enfer déchaîné. Ce que nous ne voyons pas sous la voûte de feu qui déchire la nuit, nous le redevinons, nous le revoyons, et maintenant que nous ne combattons plus, la scène est pleine d’horreur. Nous revivons le combat. Le voisin, camarade de toutes heures, tombé sans même un regard. Puis la boucherie. Les membres qui sautaient sous l’action de nos percutants, la chair, le sang qui tombaient presque sur nous, puis nos shrapnells qui fauchaient… les mitrailleuses aussi avec leur ta ta ta ta ta, sec, nos fourchettes au cliquetis joyeux, instruments de mort.

Protais a été décoré de la croix de guerre médaille de bronze et reçu une pension de 240 F.

Sachant qu’il a eu une fracture du bras, une plaie au thorax et une hémoptysie (je vous laisse aller voir sur Google ce que c’est), c’était la moindre des choses.

Louis Legault, capturé à Verdun le 25 février 1916

Le 11 novembre approche, et quoi de mieux pour commencer ce blog que d’évoquer « mes » poilus.

Je commence aujourd’hui avec l’un de mes arrières grands pères : Louis, Gustave, Joseph Legault né en 1894 à Bécon-les-granits, dans la campagne angevine, aîné des 6 enfants d’un couple de cultivateurs.

Louis avait donc 20 ans en 1914 et était lui aussi cultivateur.

Il fut incorporé au 4ème bataillon de chasseurs à pied.

Je n’ai pas beaucoup de détails sur sa vie au front jusqu’en février 1916 (si ce n’est qu’il fut blessé deux fois) mais la littérature nous laisse imaginer l’horreur des tranchées, le bruit des obus, la saleté, la mort, les rats.

Son matricule militaire m’indique la date et le lieu de sa capture : le 25 février 1916 à Bezonvaux (Meuse).

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Quelques recherches rapides, en particulier sur le site « Chemins de mémoire« , m’ont fait découvrir que le village de Bezonvaux (et le fort de Douaumont) ont été pris par les allemands ce même jour, le 25 février 1916.

Le 4ème B.C.P. et le 44ème RI résistent désespérément dans le village. Vers 17 heures, sous l’effort ennemi qui redouble, les lignes craquent, et c’est pied à pied que le bataillon défend le village. Le cercle de l’ennemi s’est peu à peu resserré et à la tombée de la nuit, après que les défenseurs ont presque tous succombé, Bezonvaux est investi. Le même jour, le fort de Douaumont est pris.

J’ai peu d’éléments sur les conditions de sa captivité, à ce jour. J’apprends, toujours grâce à son registre matricule, qu’il a été prisonnier à Friedrischfeld bei Wesel (Allemagne), jusqu’à la fin de la guerre et qu’il fut décoré de la Croix de guerre.

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La mention « bon soldat ayant toujours une belle attitude au feu » me laisse sans voix. Qu’est ce donc que d’avoir une belle attitude au feu ?

A sa libération, Louis est rentré dans le Maine-et-Loire et est devenu couvreur. En 1920, il se marie avec Germaine, avec qui il aura 7 enfants : 5 garçons dont Louis, mon grand-père, et 2 filles dont je raconterai, peut-être, un jour, les vies.

Il a vécu à Bécon-les-granits jusqu’à sa mort en 1987. J’avais 6 ans et je me souviens de sa maison – sombre –  auquel était accolé un petit potager. Et des toilettes au fond du terrain.

A-t-il parlé de la guerre à ses enfants ? Peu probable. Cette génération, et celle qui la suit, ne « causait » pas trop.  Il me reste peu de temps pour le savoir.

Edit (23/12/2016) : j’ai retrouvé cette photo-carte postale dans les archives familiales :